16/12/2025

La dissonance émotionnelle au cœur du mal-être

La souffrance au travail n’est pas là où on le croit. La dissonance émotionnelle explique l’écart entre travail, plaisir immédiat et mal-être.

Écrit par Jean-Paul Lugan, psychologue, coach et préparateur mental – 16/12/2025

Mal-être :un conflit intérieur plus qu’un problème de travail

Il est essentiel de poser une chose clairement : le mal-être au travail n’est pas nécessairement causé par le travail lui-même.

Dans de nombreux cas, le travail est simplement… normal.
Il est exigeant, parfois répétitif, peu excitant et modérément gratifiant.

Ce qui a profondément changé, ce n’est pas tant le travail.
C’est le monde hors travail.

Nous vivons aujourd’hui dans une société du divertissement qui offre à tout individu un niveau de stimulation émotionnelle et neurochimique sans précédent :
dopamine (plaisir, excitation),
ocytocine (lien, appartenance),
stimulation permanente,
récompenses immédiates.

Le mal-être naît alors d’un conflit intérieur : non pas entre l’individu et son travail, mais entre deux régimes émotionnels devenus incompatibles.

Souffrance au travail : un écart émotionnel massif

Le monde du travail n’a jamais été conçu pour être fortement stimulant sur le plan émotionnel.
Il repose sur l’effort, la durée, la compétence, la responsabilité et la gratification différée.

À l’inverse, le monde du divertissement — hors travail — propose des réseaux sociaux, des contenus courts et stimulants, des expériences sociales intenses, des activités sportives ou festives, et parfois des drogues douces ou dures.

Ce monde est structurellement orienté vers le plaisir immédiat et le lien instantané.

Le problème n’est donc pas que le travail soit trop peu plaisant.
Le problème est que le hors travail est devenu excessivement stimulant.

Le cerveau compare en permanence :
« Là où je suis, l’effort est élevé et la récompense faible.
Ailleurs, la récompense est immédiate et l’effort quasi nul. »

Ce n’est pas une réflexion consciente.
C’est une évaluation émotionnelle automatique.

Conflit intérieur : sécurité contre stimulation

Ce conflit intérieur prend une forme très concrète.

D’un côté :
le besoin de sécurité financière,
la nécessité d’un emploi,
la responsabilité sociale,
l’obligation de tenir.

De l’autre :
un monde hors travail qui offre plaisir, lien et excitation,
un monde où la frustration est évitable,
un monde où l’énergie semble facilement récupérable… en apparence.

L’individu se retrouve alors pris entre deux tensions :
tenir dans un environnement peu stimulant émotionnellement,
désirer un monde beaucoup plus gratifiant.

Ce tiraillement constant crée une surcharge mentale, une fatigue émotionnelle, de l’irritabilité, une perte d’élan et un sentiment d’usure sans cause évidente.

Ce n’est pas le travail qui détruit.
C’est l’écart émotionnel entre les deux mondes qui épuise.

Pourquoi ce conflit touche particulièrement les moins de 30 ans

Chez les moins de 30 ans, ce phénomène est amplifié.

Ils ont grandi dans un environnement où le divertissement est permanent, où le plaisir est accessible à tout moment, où le lien social est médiatisé et où la stimulation ne s’arrête jamais.

Entrer dans un travail peu stimulant émotionnellement crée alors un choc non anticipé.

Le corps réclame ce qu’il connaît : stimulation, intensité, plaisir, lien immédiat.

Lorsque le travail ne peut fournir cela, une solution apparaît : l’arrêt, souvent sous forme de maladie.
Non pas toujours pour se soigner, mais pour retrouver de l’énergie dans un monde hyper-stimulant qui, lui, ne disparaît jamais.

Téléphone, écrans, contenus et réseaux accompagnent l’individu partout, y compris dans l’arrêt.

Le cœur du mal-être : une comparaison devenue intenable

Il est donc fondamental de le dire clairement : le monde du travail n’est pas, en général, pathologique en soi.

C’est la comparaison permanente avec un monde de divertissement hyper-stimulant qui rend le travail insupportable.

Nous ne sommes pas face à une crise de motivation.
Nous sommes face à une crise d’écart émotionnel.

Plus le hors travail stimule, plus le travail paraît vide.
Plus le plaisir est immédiat ailleurs, plus l’effort ici devient lourd.

Une piste essentielle : rééquilibrer les régimes émotionnels

La solution ne consiste pas à transformer le travail en divertissement.
C’est une illusion dangereuse.

La vraie question est la suivante : comment réentraîner l’individu à fonctionner sans stimulation permanente ?

Cela suppose d’apprendre à gérer ses états internes, de tolérer une baisse de plaisir immédiat, de redonner une valeur à l’effort et de retrouver une énergie mentale stable et durable.

La santé mentale n’est pas l’absence d’effort.
C’est la capacité à ne pas dépendre uniquement du plaisir immédiat pour fonctionner.

La dissonance émotionnelle : le problème central

La dissonance émotionnelle est aujourd’hui l’un des moteurs majeurs du mal-être et de la souffrance au travail.

Elle ne vient pas d’un travail trop dur, mais d’un monde hors travail devenu excessivement stimulant.

Tant que cet écart ne sera pas reconnu, nous continuerons à traiter les symptômes sans comprendre le mécanisme qui les alimente.

Prendre rendez-vous

Pour en savoir plus sur la manière de rétablir l’équilibre, prendre rendez-vous.

Mon mantra

La santé mentale n’est pas un luxe, mais une compétence.

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